Suspension des subventions au projet "Pôle Images et Réseaux"
Jean-Louis Tourenne nous le confirme haut et fort. Le conseil général d'Ille-et-Vilaine ne versera pas de subventions à l'un des projets du pôle Images et Réseaux sous prétexte qu'il engage Grass Valley. Une filiale du groupe Technicolor qui a annoncé vouloir supprimer 182 postes sur son site de Rennes. Mais dans ce dossier, le président de l'assemblée départementale a-t-il réellement une marge de manoeuvre? Surtout lorsqu'on voit que Rennes Métropole et la Région Bretagne continuent, elles, de soutenir le groupe d'électronique...
«Des méthodes que je ne peux plus accepter!»
En suspendant ses subventions à un projet du pôle Images et Réseaux, le conseil général inquiète les milieux économiques. Et certaines PME ne comprennent pas la position de Jean-Louis Tourenne. Entretien avec le président de l'assemblée départementale.
Aujourd'hui, où en est-on du plan de licenciements de Grass Valley? Avez-vous des informations?
Je n'ai pas d'informations depuis quelques semaines. Mais nous nous sommes tenus informés de l'évolution. Ce que je sais c'est qu'il a été nommé un psychologue sur le site, qui est à la disposition des employés. Donc on voit bien que la procédure est lancée et qu'il va y avoir des licenciements.
Vous savez à quelle échéance?
Non. On n'a pas d'informations à ce sujet pour l'instant.
Vous aviez annoncé ne pas vouloir verser une subvention de 171.000€ à l'un des projets du pôle de compétitivité Images et Réseaux, sous prétexte que Grass Valley était l'un des acteurs de ce projet. Cette aide est-elle toujours suspendue?
Oui. Thomson a été prévenu. Nous attendons de sa part des engagements sur ce qui va se passer car il a été annoncé un moment que les suppressions d'effectifs chez Grass Valley seraient compensées par la délocalisation vers Rennes d'un certain nombre de chercheurs et d'ingénieurs. Mais c'était en filigrane. Donc, dans l'attente et sans engagement formel, il n'y aura pas de versement de la subvention.
Tel que vous décrivez la situation, cela donne l'impression que le conseil général verse des aides directes aux entreprises impliquées dans les pôles. Or, ce n'est pas vrai. Cela passe par la Région...
Ça ne change rien. Ce sont des modalités pratiques. Les délibérations que nous prenons désignent de façon claire le destinataire de la subvention. Et la Région doit s'y conformer ou alors rien ne va plus dans ce pays. Jusqu'à présent, elle l'a fait. Il n'y a donc pas de raison que cela change. Par contre, ce qui est vrai, c'est que nous ne versons pas, nous, à Thomson, puisque c'est l'État qui apporte sa part aux grandes entreprises.
Comment se décline alors précisément votre aide?
Le projet du pôle visé par cette aide comprend plusieurs PME locales, dont Teamcast: AcceptTV, Néotilus, TDF, l'Inria ainsi que l'Insa. Nous, nous subventionnions Teamcast, l'Inria de Rennes et l'Insa. Mais pour un tiers du projet global, le plan de financement concerne Thomson. Ce qui veut dire que si Thomson s'en va de Rennes, rien ne nous garantit que le projet de recherche va pouvoir se faire. Et dans cette perspective, qui est-ce qui va apporter les autres financements? Si on nous présente un autre projet portant sur la transmission d'images vers les téléphones portables, bouclé avec des sociétés dont on est sûr et qui ne comprendrait pas Thomson, pourquoi n'irions-nous pas financer? En l'état actuel des choses, compte tenu que Thomson est dedans et qu'il fait peser l'incertitude sur le devenir du projet lui-même, comment voulez-vous qu'on finance?
Mais comment expliquez-vous que la Région et Rennes Métropole poursuivent, elles, leur aide au même projet? C'est une affaire idéologique?
La preuve que non puisque les trois assemblées ont des majorités identiques.
Il peut parfois y avoir des différences de pensée au sein d'une même famille politique...
Il y a inévitablement des différences de pensée, inévitablement aussi des différences d'appréciation dès lors qu'on gère des territoires qui sont différents. Et puis on peut avoir des sensibilités différentes dans la période de crise que nous traversons. Ce que je constate moi, c'est qu'après les belles déclarations morales, nobles, vertueuses, tout ça est quasiment oublié. Les banques ont recommencé à fonctionner comme elles fonctionnaient et les entreprises à délocaliser comme elles délocalisaient tout en demandant de l'argent public. Nous, nous disons qu'il faut que ça s'arrête...
Extrait (Le journal des entreprises)