Commémoration : se battre contre l'esclavage moderne
La France a célébré hier la 5 e
Journée nationale contre l'esclavage avec des manifestations à Paris, Nantes et Bordeaux - anciens ports négriers - précédées d'une cérémonie au Sénat au cours de laquelle Nicolas Sarkozy a
exprimé la "détermination" du pays à combattre l'esclavage moderne.
"Commémorer aujourd'hui l'abolition de la traite et de l'esclavage, c'est refuser l'oubli et c'est affirmer une volonté", a indiqué hier le président de la République, lors de la 5 e Journée nationale contre l'esclavage. Dans un discours lu par son ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, lors de la cérémonie officielle qui s'est déroulée dans les jardins du Sénat, le chef de l'Etat, retenu par un agenda social et européen chargé, a réaffirmé sa "détermination à lutter contre toutes les formes de survivance de l'esclavage au XXI e siècle, et ceci
partout dans le monde. Ce combat n'est jamais achevé, nous ne devons pas l'oublier. Aujourd'hui encore, ce sont des dizaines de millions d'hommes, de femmes et
d'enfants qui vivent au quotidien des situations inhumaines et dégradantes du fait de leurs semblables" , a rappelé le locataire de l'Élysée dans son message.
En province
Pour cette cinquième édition, plusieurs villes, dont Bordeaux et Nantes, qui ont longtemps minimisé leur passé négrier, ont organisé de nombreuses animations. A Bordeaux, Alain Juppé, le maire UMP de la ville, a présidé au parc Toussaint Louverture une cérémonie de commémoration de l'abolition de l'esclavage et de la Traite des Noirs, pour "dire la vérité" sur le passé de "port négrier" de la ville. Cette "tâche sur la mémoire de Bordeaux", cette histoire "honteuse, parfois occultée", a donné lieu "depuis 10 ans à un travail de mémoire approfondi", éloigné de toute "repentance", destiné à "dire la vérité", a poursuivi dans son allocution l'ancien Premier ministre. Pour l'écrivain Claude Ribbe, " cette mobilisation confirme que si l'esclavage a été officiellement aboli en France en 1848, le combat n'est pas fini". Il s'exprimait hier à Paris en marge d'une cérémonie organisée par la mairie de Paris et l'Unesco, devant le monument au général Dumas, figure majeure de la révolution française et symbole de l'abolition de l'esclavage. "Les discriminations à l'emploi, au logement, à la vie politiques sont toujours des réalités quotidiennes pour les descendants des esclaves". Aussi, le président de l'Association des amis du général Dumas compte bien "donner un sens qui convient" à cette journée du 10 mai, devenue en 2006 la Journée nationale des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions. Le choix de la date n'est pas anodin. Elle correspond à l'adoption définitive par le Sénat en 2001 de la loi Taubira reconnaissant à l'esclavage des populations d'origine africaine le caractère de crime contre l'humanité.
L'égalité et la fraternité: des buts à atteindre
"Si la liberté générale a bien été proclamée d'une manière définitive en 1848, l'égalité et la fraterniténe se traduisent pas encore dans les faits. Ils sont encore des buts à atteindre", poursuit Claude Ribbe, devant le Mémorial parisien de 5 mètres de haut, qui représente des fers brisés. "Aujourd'hui la mémoire de l'esclavage ne peut se résumer à la commémoration de son abolition. Plus que jamais, il faut donner un sens à ces chaînes brisées. Aussi, la commémoration de l'abolition de l'esclavage doit être une manière de parvenir à une autre abolition : celle du racisme, véritable séquelle de l'esclavage", conclut l'écrivain.
Source (www.lindependant.com - Edition du 11 05 2010)