Le mal au travail...
L’autel de la rentabilité
Pour Philippe Zarifian, professeur de sociologie à l’Université de Marne-la-Vallée, le monde du travail est en train de passer «du contrôle disciplinaire au contrôle très pernicieux imposé par la rentabilité». Respecter les horaires, bien effectuer sa tâche le plus vite possible, étaient les qualités que l’on attendait d’un honnête travailleur. «Aujourd’hui, ce modèle disciplinaire est moribond. La flexibilité est passée par là», juge Philippe Zarifian. Pour le sociologue français, le contrôle disciplinaire est remplacé par le contrôle des résultats. «Les travailleurs, les employés, sont pris en sandwich entre les objectifs et les résultats. Ils savent très bien qu’à un moment donné, ils auront des comptes à rendre. Cette préoccupation occupe les esprits. Par le développement des moyens de communication, ils sont conscients que leur hiérarchie capte énormément d’informations. Cette pression, ce stress, sont d’autant plus forts que les résultats sont rarement négociés. L’engagement professionnel est réduit à des chiffres régulièrement revus à la hausse, et qui correspondent aux attentes de la direction.» Philippe Zarifian a conclu son intervention par ce constat cinglant. «Avec ce système, le souci du client est occulté. Il n’y a plus de professionnalisme. La rentabilité est devenue le nouvel imaginaire.»
Stress, maladies psychiques, cancers, troubles musculo-squelettiques, maladies cardio-vasculaires, les nouvelles organisations du travail rendent malade
Les maladies professionnelles reconnues par la Loi sur l’assurance accidents et ses ordonnances ne représentent que la pointe de l’iceberg de ce que le travail
provoque comme maladies. Les relations entre stress, maladies psychiques, cancers, troubles musculo-squelettiques, maladies cardio-vasculaires et le travail ne sont pas faciles à décrypter. Ce
qui est certain, c’est que les nouvelles méthodes de travail engendrées par la déréglementation néolibérale sont à même de détériorer la santé. Ce constat a été établi lors d’un colloque mis sur
pied à Lausanne par l’Institut universitaire romand de santé au travail.
Le travail c’est la santé chantait Henri Salvador. Mon œil. Le nombre de
personnes abîmées par le travail qui ont recours à l’assurance invalidité continue à prendre l’ascenseur. En Suisse, plusieurs études font état des dégâts causés par les maladies et accidents
professionnels. En 2000, une étude réalisée par Daniel Ramaciotti et Julien Perriard a calculé que le coût du stress en Suisse s’élève à plus de 4 milliards de francs par année. Une enquête de
l’Office fédéral de la statistique, publiée en octobre 2003, montre que 44% de la population active ressent une forte tension au travail. Cette tension est à l’origine de troubles de santé tels
que maux de tête, maux de dos, troubles du sommeil, mal-être psychique, etc. Le phénomène inquiète les spécialistes de la médecine du travail et les responsables des ressources humaines de Suisse
romande. Ils se sont réunis le 10 février à Lausanne pour participer à une journée d’étude sur le thème «Evolution du monde du travail et pathologies émergentes». Journée durant laquelle quelque
200 participants ont pu entendre Philippe Zarifian et Philippe Davezie, deux scientifiques français qui ont analysé les rapports obscurs existant entre les nouvelles formes d’organisation
du travail et la santé des salariés.