Emploi des jeunes : génération sacrifiée
Les pays riches sont-ils en train de sacrifier leur jeunesse sur l'autel des adultes ?
En tout cas, l'Organisation de coopération et de développement économique veut attirer l'attention de ses 31 membres, des pays développés et démocratiques, et veut en quelque sorte, leur tirer l'oreille.
Dans un document publié la semaine dernière, l'OCDE avertit : « La crise de l'emploi peut précipiter de plus en plus de jeunes, même ceux qui s'en tirent très bien dans les années de croissance dans le groupe à risque de devenir une génération sacrifiée ».
Et hier soir, le ministère de l'Emploi annonçait que le nombre de personnes inscrites au chômage sans aucune activité a légèrement diminué en mars en France (-6 600 à 2,66 millions), mais augmenté en incluant celles ayant une activité réduite (+18 100 à 3,89 millions). En mars, on note une légère baisse d'inscription des moins de 25 ans. Pas de quoi se rassurer.
Déjà en peine de trouver du boulot en temps de crise, c'est mission impossible, surtout pour les jeunes peu qualifiés. Environ 30 à 40 % des jeunes sortant de l'école sont estimés plus à risque parce qu'ils cumulent des handicaps scolaires ou sociaux, ou qu'ils se heurtent à des barrières récurrentes pour décrocher un emploi stable notamment en France, Grèce, Italie, Japon, Espagne.
« Pour minimiser les stigmates que la crise pourrait laisser aux jeunes ainsi que le risque d'une génération sacrifiée », l'OCDE propose plusieurs pistes comme fournir « à court terme » aux jeunes, surtout les moins qualifiés, une aide accrue pour leur garantir « un filet de sécurité ».
En tout cas, en France, les jeunes ont déjà le sentiment d'être sacrifiés : « Le débat sur les retraites est indécent, s'emporte Ophélie Latin, de Génération Précaires, alors que nous, nous n'osons même pas rêver de retraite ». L'OCDE le rappelle : l'éducation aura un rôle fondamental à jouer, notamment pour éviter le décrochage scolaire. « Sans doute n'avons-nous pas trouvé l'adéquation entre formation et filières, nous avons un gros retard sur l'Allemagne, par exemple en matière d'apprentissage » constate Joseph Lafuste, président de la mission locale départementale de Haute-Garonne.
Case Pole Emploi, stages interminables, petits boulots d'étudiants de plus en plus rares, précarisation prématurée… Pour les jeunes, la vie commence avec la galère.
Extrait ( www.ladepeche.fr - 10/05/2010)